La ville est-elle faite pour les femmes ?

Le vendredi 25 octobre 2019, une quarantaine de personnes a participé à notre atelier citoyen en présence de Carole Gandon, notre candidate aux élections municipales, et de Marlène Schiappa, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
La ville est-elle faite pour les femmes ? Cette question, beaucoup d’entre nous ne se la posent pas. Pourtant, l’usage de l’espace public varie si l’on est une fille ou un garçon, une femme ou un homme.
Comprendre les constructions sociales et culturelles qui gouvernent nos comportements. Savoir en tenir compte lorsque l’on pense l’urbanisme ou les transports. Imaginer ensemble Rennes demain, afin que tout le monde se sente également légitime à s’approprier les rues, les transports en commun, les aménagements sportifs extérieurs, le jour comme la nuit.
Il a été question de tout cela lors de nos échanges, animés par l’architecte et journaliste rennaise Marie-Christine Biet.

Une inégale occupation de l’espace

« La ville a été pensée par les hommes, et souvent pour les hommes. L’analyse des crédits publics en fonction du genre indique qu’ils sont utilisés à 80% pour eux », Isabelle Gueguen, consultante experte de l’égalité femmes-hommes dans les politiques publiques.
Aujourd’hui encore, comme le montrent les études de sociologie, la présence des femmes dans l’espace public est stéréotypée : accompagner les enfants, faire les courses, aider nos aînés dans leurs déplacements.
L’éducation joue un rôle important dans cette occupation différenciée des rues : les parents s’inquiètent davantage de voir leurs filles sortir, notamment le soir, alors que les garçons apprennent à s’y sentir à leur place. Les skate-parks et autres aires de jeu ou de sport sont d’ailleurs appréciés surtout par les garçons, et souvent utilisés dans une logique de performance.
« Les agrès et les activités de sport dans les aménagements publics sont souvent conçus pour des activités de compétition, qui plus est pour des « grands ». Non seulement les filles mais aussi les garçons plus petits ou moins affirmés peuvent également se sentir exclus de ces espaces», Carole Gandon.

Le danger de renforcer les stéréotypes

La présence des filles et des femmes dans l’espace public ne doit pas être uniquement envisagée sous l’angle de la sécurité, au risque de renforcer le stéréotype de leur vulnérabilité, et de les empêcher d’investir les rues. La violence urbaine touche tout le monde, même si elle touche différemment les hommes et les femmes.
Les femmes sont spécifiquement victimes de comportements sexistes. Alain déplore ainsi « les représentations inconscientes qui guident certains comportements masculins ». Alexis ajoute que « les normes de la masculinité de domination conduisent à rendre hostile l’espace public pour les femmes mais aussi pour les couples homosexuels ».
L’idée n’est pas d’expliquer les stratégies d’évitement pour échapper au possible danger. Mais d’imposer des normes de comportement qui sécurisent l’espace public. Marlène Schiappa rappelle que la loi contre le harcèlement de rue a déjà donné lieu à plus de 1000 verbalisations.

Quelques pistes pour penser Rennes demain

Il faut miser sur l’animation des espaces. L’organisation des lieux ne fait pas, à elle seule, leur usage. On doit le réguler, par exemple en ayant recours à des animatrices et animateurs de rue chargés de former à la mixité des usages.
L’éducation reste une stratégie gagnante : enseigner aux jeunes filles qu’elles ont toute légitimité à sortir dans les rues, y compris la nuit, y compris seules ; leur apprendre comment se comporter dans l’espace public pour y prendre toute leur place avec confiance.
Le sentiment d’insécurité augmente à Rennes. Le constat est partagé d’un accroissement de la violence dans les rues. Un consensus s’est fait jour au cours de l’atelier autour de l’idée que l’urbanisme doit favoriser la création d’espaces de vie et de rencontre, pour tout le monde et à des horaires amples. Certains quartiers construits dans l’urgence de loger en nombre se sont faits en négligeant ce qui fait ville : mixité d’usages, trottoir et alignement… Il est important de construire la ville en évitant les grilles, les murs, la haie haute, qui enferment plus qu’ils ne protègent. La ville de demain doit être ouverte pour favoriser l’utilisation continue des espaces, de jour comme de nuit, et pour améliorer la qualité du lien social. Une optimisation de l’éclairage urbain dans certains quartiers ou encore l’amplitude horaire des transports en commun, de même que l’arrêt à la demande dans les bus circulant la nuit peuvent également apporter des réponses.

Au regard de l’histoire de l’urbanisme, la question de la place des femmes dans la ville est récente. Elle est riche pourtant d’enseignements, et intéresse tous les citoyens, comme l’a montré notre atelier auquel ont pris part aussi bien des hommes que des femmes. Les Rennaises et les Rennais aspirent à vivre une ville pacifiée et sûre, accueillante pour chacun et chacune. C’est aussi l’ambition portée par notre collectif Révéler Rennes.