Introduction

Anne Coriton est colistière sur notre liste Révéler Rennes. Pharmacienne et biologiste hospitalière, elle dirige le laboratoire de l’hôpital psychiatrique Guillaume Régnier. Elle nous livre son point de vue sur les enjeux santé et solidarité à Rennes, au prisme de son expérience professionnelle.

1. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste exactement ton métier ? Quel impact la crise du Covid a-t-elle eu sur ton activité professionnelle ?

En tant que pharmacien biologiste responsable du laboratoire du CHGR (Centre Hospitalier Guillaume Régnier), mon cœur de métier  consiste à garantir que les examens biologiques prescrits par les médecins à nos patients psychiatriques soient effectués dans les conditions de qualité répondant aux normes très strictes d’accréditation : respect des conditions de prélèvement, respect des procédures analytiques sur nos équipements appelés automates, et interprétation des résultats biologiques en fonction des renseignements cliniques fournis par les médecins.

Au laboratoire, nous effectuons de nombreux bilans biologiques classiques comme dans un laboratoire de ville. Parfois nos patients en psychiatrie n’ont pas pu bénéficier au préalable de bilans d’entrée classiques, et notre laboratoire est très attaché à proposer aux patients des bilans suffisamment complets pour détecter des pathologies non psychiatriques : des diabètes, des désordres hépatiques, d’éventuelles carences nutritionnelles, mais aussi des bilans de détection du HIV ou de l’hépatite C. En complément, nous effectuons des recherches plus spécifiques à notre activité psychiatrique, comme des dosages de médicaments psychotropes ou la recherche des toxiques comme le cannabis ou la cocaïne.

Au plus fort de la crise du Covid, du fait du confinement, nous avons accueilli moins de patients. Notre activité s’est orientée vers de nouvelles missions, plus organisationnelles. En plus de participer activement aux cellules de veille quotidienne, nous avons mis en place des kits de prélèvement pour tests diagnostiques du SARS-CoV-2 par RT-PCR. Et au moment du déconfinement, nous nous sommes équipés d’un nouvel automate, afin de mener en interne les tests virologiques de détection du SARS-CoV2 par RT-PCR, ainsi nous avons pu gagner en rapidité dans le rendu des résultats. En parallèle, nous avons mis en place les tests sérologiques Covid sur un automate existant, pour nos patients et aussi pour les professionnels de l’établissement. C’est donc une période à la fois très intense que nous vivons en ce moment au laboratoire et nouvelle a beaucoup de points de vue.

2. En tant que professionnelle de santé, quel regard portes-tu sur la gestion de la crise à Rennes ?

La mise à disposition par la ville de Rennes de masques pour les habitants est une initiative à saluer. Un seul masque par personne, c’est mieux que pas de masque du tout. Néanmoins cela fait très peu, surtout s’ils sont distribués sans réelle pédagogie, comme cela a été le cas. Il aurait fallu une meilleure campagne d’information en local, pour rappeler comment on les porte et pourquoi il faut les laver. Un masque mal porté ou porté à plusieurs reprises sans avoir été lavé, ce peut être dangereux pour celui qui le porte, et une source de contamination pour les autres.

 

Même si personnellement, je suis allée travailler presque tous les jours à l’hôpital, et que j’ai sans doute moins souffert du confinement que d’autres personnes, j’ai aussi été confrontée aux difficultés de l’isolement. En tant que personnel de santé travaillant dans un hôpital psychiatrique, je suis très sensible à cette question de l’isolement, car c’est le lot quotidien de nos patients. Avec le confinement, c’est une expérience que nous avons désormais en commun, et nous mesurons mieux l’immense souffrance que cela peut causer.

Heureusement des initiatives privées sont nées pour animer des collectifs malgré la distance, et de nouveaux types de lien se sont créés. Mais c’était très variable d’un quartier ou d’une rue à l’autre. Des numéros d’appels pour soutien psychologique ont été mis en place – et le CHGR a participé à cette ligne téléphonique. Je regrette néanmoins que la communication institutionnelle de la mairie n’ait pas œuvré afin de créer des événements virtuels fédérateurs (des concerts musicaux, des jeux…), des espaces facilement accessibles pour s’informer, par exemple sur les commerces proposant la vente à emporter. Compte tenu des mesures restrictives liées au confinement pour sortir (distance de 1km et durée maximale d’une heure), une communication municipale à l’échelle d’un quartier aurait pu être à la fois utile et facilitante pour lutter contre l’isolement et soutenir l’économie locale.

3. A tes yeux, quelles mesures de solidarité sont importantes à mettre en œuvre à Rennes ?

J’ai beaucoup pensé à nos aînés pendant le confinement. J’ai participé à l’élaboration de certains documents concernant la gestion des cas de Covid en EHPAD. Le laboratoire du CHGR a été très impliqué sur cette question essentielle.

42% des personnes âgées de plus de 80 ans vivent seules à Rennes. Pour elles, l’isolement physique s’est très souvent doublé d’un isolement numérique, par défaut d’équipement ou par manque de pratique. La double peine ! La fracture numérique les concerne au premier chef, et il ne faut pas les oublier dans les programmes de formation ou d’accompagnement. C’est un enjeu de solidarité, mais aussi de santé, important.

Il est important aussi de créer une instance à Rennes pour permettre à nos aînés de construire, avec les institutions adéquates, les politiques publiques qui les concernent. Qui mieux qu’eux pour savoir ce dont ils ont besoin, ce qu’ils attendent de leur cadre de vie, et quel accompagnement ils souhaitent en cas de perte d’autonomie ?

Nous avons passé de longues semaines dans notre logement. La manière dont nous habitons notre ville est devenu extrêmement importante à nos yeux. Nous avons réévalué la qualité de notre logement à l’aune du confinement. Pour les personnes âgées, isolées, il me semble urgent de promouvoir à Rennes de nouvelles modalités d’habitat, en développant l’habitat inclusif ou regroupé, l’habitat intergénérationnel aussi. Nous avons tous à y gagner !