Nommer le réel.

Dire que la discrimination et le racisme existent bel et bien dans notre pays. Et c’est notre échec collectif, depuis des décennies.

Dire que la France n’est pas l’Amérique de Trump, où l’on compte quinze fois plus de morts dus aux interventions policières et où prospère la nauséabonde idéologie blanche suprémaciste.

Dire qu’un sentiment d’impunité naît des dysfonctionnements et du rythme différencié de la justice. Des violences contre la police sont jugées en comparution immédiate quand des dérapages policiers font l’objet de trop longues enquêtes. C’est laisser la place au soupçon de l’impunité qui est un poison.

Dire que chaque jour de trop nombreuses personnes issues de la diversité subissent des contrôles au faciès, des humiliations et des faits de harcèlement par des policiers. La culture du chiffre aboutit à une facilité discriminatoire pleine de préjugés et d’abjectes facilités.

Dire qu’il existe des policiers racistes ou homophobes, comme il existe hélas des médecins, des chauffeurs de bus, des propriétaires bailleurs ou des DRH racistes ou homophobes.

Dire que des courants d’extrême droite infiltrent les rangs de la police nationale en instrumentalisant sa souffrance, et salit son image.

Mais dire que l’antiracisme identitaire se trompe de combat quand il met dans le débat public la notion de « privilège blanc », parce qu’il reprend à son compte l’idée-même de race contre laquelle il prétend lutter.

Dire aussi que chaque jour de nombreux policiers sont insultés ou pris à parti par des délinquants, des militants fanatisés mais aussi méprisés par des agitateurs politiques d’extrême-gauche. Combien de manifestations légitimes « pourries » par des hordes venues « casser du flic », avec les commerçants comme victimes collatérales ?

Dire aussi qu’avec la montée généralisée de la délinquance et la menace terroriste les policiers nationaux et municipaux, les gendarmes, les surveillants pénitentiaires et les pompiers sont sous pression. Mais c’est leur métier que d’y résister.

Dire qu’il existe un malaise dans la profession qui conduit à un taux de suicide dans la police 30 % plus élevé que dans la moyenne de la population.

Dire que les policiers ne sont pas des cows-boys et que derrière l’uniforme, il y a des hommes et des femmes qui sont pères, mères, fils, filles, frères et sœurs, qui se lèvent le matin pour servir l’intérêt général, la République et leurs concitoyens. Cela reste aussi un creuset de l’intégration.

Dire notre reconnaissance lorsque ces mêmes hommes et femmes quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau ou leur religion sont prêts à se sacrifier pour nous protéger et nous permettre de vivre en paix.

Dire enfin que la République Française déclare que les hommes et les femmes naissent et demeurent libres et égaux en droits, et que le combat pour l’égalité n’est jamais acquis mais toujours recommencé.

Nommer le réel et sortir du déni pour casser le cercle vicieux de la haine du flic et de la bavure. Nommer le réel et sortir des postures manichéennes pour faire progresser la cause de la justice et de l’égalité.

Ni méprisée, ni idéalisée, notre Police doit retrouver dans l’imaginaire collectif la place qu’elle mérite : celle d’une institution essentielle, garante de nos droits et libertés. Pour être respectée, elle doit être exemplaire. Donnons-lui les moyens de l’être, avec exigence mais aussi reconnaissance.

Comme j’ai combattu hier l’hypocrisie d’élus se disant de gauche qui ont promu et approuvé le principe de la déchéance de la nationalité, je m’oppose aujourd’hui à la récupération démagogique et mortifère des morts tragiques de Georges Floyd, Adama Traoré ou encore Babacar Gueye.

En France, comme partout à travers le monde, la lutte contre le racisme mérite sincérité et constance.

Tribune par Carole Gandon