Contexte :

Après deux mois de fermeture des établissements scolaires en raison de la crise sanitaire, la réouverture des écoles à Rennes est une bonne nouvelle. Plus que jamais, nous prenons conscience de notre besoin d’école. Mais nous mesurons aussi la vulnérabilité de cette institution, et la responsabilité collective qui nous incombe si nous voulons améliorer son fonctionnement.

La crise sanitaire a fait apparaître de manière aiguë les inégalités qui fracturent nos quartiers, notre ville, notre métropole.

La continuité pédagogique n’a pas été facile pour tout le monde. La fragilité de certains enfants et certains jeunes s’est encore accrue, faute d’avoir pu bénéficier du soutien éducatif mais aussi humain dont ils ont besoin. L’école est aussi un refuge, et ses missions sont aussi sociales : nourrir le corps tout autant que l’esprit, détecter les carences et y remédier, protéger contre l’isolement, les violences et les inégalités.

Dès à présent, et pendant l’été, des mesures sont à mettre en place pour limiter les effets négatifs du confinement sur nos enfants, pour réparer le lien social et éducatif qui s’est distendu, et pour éviter que la crise historique que nous traversons ne provoque une rupture difficile à rattraper.

  • Il faut ouvrir les écoles tout l’été, et proposer une offre parascolaire ambitieuse, en partenariat avec les associations, avec les acteurs de l’éducation populaire, ceux de la culture, du sport, de l’EdTechs[1] et du numérique.
  • Il faut garantir l’accès à la pleine nature pour tous les enfants, en organisant des navettes pour les familles, gratuites sur conditions de revenus, vers les sites pittoresques de la métropole et de ses espaces limitrophes (la forêt de Liffré, les bords du canal, la Vallée de la Vilaine, la forêt de Brocéliande…).
  • Il faut assurer un contact vivant avec la culture , en ouvrant tout l’été les maisons de quartier et les équipements culturels rennais (le TNB, l’Opéra, les musées…) : ce sont des lieux d’éducation et d’émancipation incomparables.

[1] L’EdTech, ou technologies de l’éducation, désigne l’ensemble des organisations (essentiellement des startups) qui sont dotées d’un savoir-faire ou d’outils technologiques innovants dédiés à la connaissance, son apprentissage, ainsi que sa transmission.

Dans ce moment pédagogique et social singulier, il faut veiller enfin à n’oublier personne.

Un effort particulier d’attention et d’accompagnement est à fournir en direction des enfants et des jeunes en situation de handicap, pour garantir leur inclusion, et pour soulager leurs proches, beaucoup sollicités pendant le confinement dans leur tâche d’aidants familiaux.

A plus long terme, il est important de retenir les leçons du confinement. Des transformations profondes et inévitables sont à l’œuvre dans notre système scolaire. Elles ont été accélérées par la crise sanitaire. Accompagnons-les et facilitons-les au lieu de les subir.

Les familles ont joué un rôle essentiel dans la continuité pédagogique en faisant l’école à la maison. Les parents sont des acteurs à part entière de la réussite scolaire de leurs enfants. Ils doivent être impliqués et accompagnés dans leur relation avec l’école. Faire en sorte d’ouvrir l’école plus largement aux familles, tel est l’enjeu des mesures visant à favoriser la co-éducation. Cela passe par des actions multiples : mettre en place et animer des « espaces parents » dans toutes les écoles municipales, renforcer le soutien à la parentalité, reconnaître l’expertise parents dans les écoles, notamment pour l’inclusion des enfants en situation de handicap ou à besoin éducatifs spécifiques. Il n’est plus envisageable dorénavant de laisser les parents à la porte de l’école !

Le confinement a aussi révélé la part croissante des outils numériques dans l’apprentissage et dans le maintien d’un lien à la communauté scolaire. Il est impératif d’équiper chaque enfant en ordinateur ou en tablette numérique. Mais l’outil ne garantit pas l’usage. La fracture numérique prend de nombreuses formes. Et le recours à Internet, rendu nécessaire pour maintenir la continuité pédagogique, a aussi livré les enfants à des dangers bien connus : exposition accrue à l’infox, augmentation du risque de cyberharcèlement, usage excessif des réseaux sociaux et des jeux en ligne… Pour répondre à ces défis, un travail de collaboration étroite est à mener avec les associations de proximité, qui connaissent bien les enfants, leurs familles, et leurs besoins. Des partenariats sont à concevoir avec notre très riche écosystème local du numérique et des EdTechs, dans une logique de promotion de la responsabilité éducative des entreprises.

Enfin, le confinement nous a permis de mesurer quel bénéfice nous trouverions à inscrire l’école et la construction des savoirs dans la dynamique de territoire apprenant. Les enfants apprennent à l’école, mais aussi dans et par la ville. L’institution scolaire n’est pas le seul vecteur des apprentissages. Les instituts de recherche, les organismes sociaux, économiques ou culturels, en un mot les acteurs qui animent quotidiennement le territoire, jouent aussi leur rôle dans le processus de formation des enfants. Faire entrer Rennes Ville et Métropole dans le réseau UNESCO des Villes apprenantes, créer un laboratoire des innovations pédagogiques, favoriser la formation tout au long de la vie, ouvrir une école de la deuxième chance… Autant d’actions à mettre en œuvre pour que Rennes redevienne le territoire d’innovation éducative qu’elle a jadis été.

Notre ville présente d’innombrables atouts pour rendre possible localement une école exemplaire, une école résiliente et agile, qui réponde aux défis de la crise d’aujourd’hui et de celles de demain. Une école qui protège nos enfants et nos jeunes, qui les arme aussi en les préparant au monde qui advient. Une école qui s’appuie sur toutes les ressources locales dans une dynamique collective orientée vers l’émancipation de chacune et de chacun, et au service du développement et de la créativité du territoire.

Les temps de crise sont aussi des temps d’opportunité. Saisissons-nous collectivement de ce moment historique que nous traversons pour bâtir enfin l’école que nous devons à nos enfants !