Il est encore tôt pour évaluer les conséquences directes de ces deux mois de confinement sur les comportements des jeunes, dans cette tranche d’âge des 16-19 ans, celle où se font les premiers pas d’adulte responsable.

On peut toutefois penser que les politiques publiques de jeunesse devront se revisiter à l’aune de cet événement, mais pas seulement. Il était temps en-effet de se questionner sur le rôle et les limites de l’action publique en direction des jeunes dans le temps long de la transformation sociale et économique, et dans le temps court des évolutions si rapides de leurs modes de vie.

Cette réflexion doit s’articuler autour de quelques piliers fondateurs de l’histoire des politiques de jeunesse.

Le premier pilier est le rôle central donné aux familles. Pour le meilleur quand il s’agit de les accompagner dans leur fonction parentale, via notamment la présence salutaire de la branche famille dont les dispositifs nombreux sont autant d’outils fournis aux professionnels (contrats locaux d’accompagnement à la scolarité, promeneurs du net…). Pour le moins bon quand l’action publique attribue directement aux familles les aides auxquelles ouvrent droit leurs jeunes (ce qu’on appelle la politique de « familialisation »)  et non pas aux jeunes eux-mêmes.

Le deuxième pilier, c’est donc le rôle que prend l’action publique historiquement en direction des jeunes. On n’en fera pas ici la généalogie tant elle est  complexe dans ses contenus, ses modalités de mise en œuvre et ses acteurs. Il faut juste se souvenir que toute initiative  privée (associative en générale) se réfère à une entité publique à un moment ou un autre, comme une nécessaire légitimation mais aussi dans une forme de lien de dépendance. Il s’agit d’une situation de fait, d’autres pays s’en remettent à l’initiative privée pour prendre en charge la jeunesse.

Le troisième pilier enfin, est celui de la coopération des acteurs. Car l’action publique en direction des jeunes se construit systématiquement par la coopération des acteurs, le partage des points de vue, la sollicitation des expertises formelles ou informelles, une implication des élus, voire des jeunes eux-mêmes, le tout réuni dans une conception partagée de l’intervention, celle d’une mission de service public ou d’intérêt général.

Pour que cela fonctionne il faut a minima une vision, un projet, une perspective qui fédère les énergies, motive les acteurs, donne du sens au partenariat, projette les jeunes vers un avenir prometteur qui fait envie. Ainsi, le continuum éducation-émancipation-accompagnement vers l’autonomie  doit être le premier sens à donner à l’action publique, aux initiatives associatives inscrites dans des politiques de jeunesse.

C’est cette notion de projet qu’il faut re interroger aujourd’hui, en questionnant la place des jeunes dans la Cité, du local au national, de la Ville à l’Etat, en définissant collectivement les chemins qu’ils peuvent suivre, en repérant la richesse des ressources, la multiplicité des savoir-faire et des compétences mobilisables. Il faut faire ce travail au niveau de chaque territoire, sur des territoires apprenant, c’est à dire des territoires dont toutes les ressources concourant à l’éducation et la formation sont mobilisées autour d’un projet commun et fédérateur. Une coordination s’avère indispensable à  l’échelle des régions puisque la loi Egalité Citoyenneté  du 27 janvier 2017 attribue aux région une compétence  de chef de file (coordination régionale) en matière de politique de jeunesse (article 1111-9 CGCT). Mais aussi parce que l’échelle de la région est celle qui permet d’aborder le mieux les questions de jeunesse sous l’angle de l’emploi, de la formation, des mobilités, voire de l’international.

Dans un projet éducatif de territoire « revisité » auquel nous appelons de nos vœux dans cette période de déconfinement, il faut remobiliser les énergies, il faut poser l’expérimentation comme base pédagogique, le présentiel (ou face à face) comme une nécessité éducative, le numérique comme outil indispensable, en s’appuyant sur les ressources de l’éducation nationale, sur les méthodes de l’éducation populaire et le savoir-faire des professionnels.